Un chef d’équipe du BTP qui s’arrête trois mois pour une épaule douloureuse, une préparatrice de commandes en arrêt pour un syndrome du canal carpien, un ouvrier agricole souffrant du dos après la saison de coupe : les troubles musculo-squelettiques (TMS) sont le quotidien de nombreuses entreprises réunionnaises. On les considère souvent comme une fatalité liée au métier.
Pourtant, leur coût est considérable, et bien plus élevé que ce qui apparaît sur le compte de cotisations. Comprendre ce coût réel est le premier pas pour justifier un investissement en prévention.
Les TMS, première maladie professionnelle en France
Selon l’Assurance Maladie et l’INRS, les TMS représentent environ 87 % des maladies professionnelles reconnues au régime général. Ils touchent surtout les membres supérieurs (épaule, coude, poignet) et le dos. En Europe, l’EU-OSHA indique qu’environ trois travailleurs sur cinq signalent des troubles musculo-squelettiques.
À La Réunion, les secteurs les plus exposés sont bien connus : BTP, logistique et grande distribution, agriculture et agroalimentaire, aide et soins à la personne, hôtellerie-restauration. La chaleur et l’humidité, qui augmentent la fatigue physique, ajoutent une contrainte spécifique au territoire.
Comment se calcule le coût direct
Les accidents du travail et maladies professionnelles sont financés par les cotisations AT/MP des employeurs, gérées localement par la CGSS de La Réunion. Le mode de tarification dépend de l’effectif :
- Moins de 20 salariés : taux collectif, fixé pour le secteur d’activité. La sinistralité propre à l’entreprise a peu d’effet.
- De 20 à 149 salariés : taux mixte, combinant taux collectif et sinistralité propre à l’entreprise.
- 150 salariés et plus : taux individuel, calculé directement à partir des coûts des sinistres de l’établissement.
Chaque TMS reconnu pèse donc, à terme, sur la cotisation des entreprises à tarification mixte ou individuelle. Et pour toutes les entreprises, la sinistralité du secteur entier fait monter le taux collectif.
Point clé
Le coût direct n’est que la partie visible. Les coûts indirects (remplacement, désorganisation, baisse de qualité, charge sur les collègues, formation des intérimaires) sont généralement estimés à plusieurs fois le coût direct.
Les coûts cachés, souvent sous-estimés
- Absentéisme et remplacement : intérim, heures supplémentaires, recrutement dans un marché local parfois tendu.
- Perte de compétences : un salarié expérimenté en arrêt emporte son savoir-faire, notamment dans les métiers techniques.
- Qualité et sécurité : les équipes en sous-effectif prennent plus de risques, avec un effet boule de neige sur les accidents.
- Climat social et RPS : la surcharge des collègues présents alimente fatigue, tensions et départs. TMS et stress se renforcent mutuellement, comme l’a montré l’INRS.
- Inaptitude et licenciement : lorsque le reclassement échoue, l’entreprise perd un salarié et s’expose à des contentieux.
Agir en amont : ce que l’ergonomie apporte
La prévention des TMS ne se limite pas aux formations « gestes et postures ». Les recherches montrent que les TMS sont multifactoriels : efforts, répétitivité et postures, mais aussi pression temporelle, faible autonomie et manque de reconnaissance. Une démarche efficace agit sur l’ensemble :
- analyser les situations de travail réelles pour repérer les contraintes et leurs causes ;
- concevoir ou adapter les postes, les outils et les flux (hauteurs de travail, aides à la manutention, circulation) ;
- revoir l’organisation : rotations pertinentes, cadences, pauses adaptées à la chaleur ;
- associer les salariés et l’encadrement de proximité, qui connaissent les solutions de terrain.
Sur un chantier réunionnais, par exemple, l’analyse peut montrer que les ports de charges lourdes se concentrent en fin de journée, parce que les livraisons de matériaux arrivent tard et sont déposées loin de la zone de travail. Revoir la logistique d’approvisionnement avec le fournisseur réduit alors davantage les contraintes qu’une formation supplémentaire. Associer les compagnons à cette réflexion renforce aussi leur adhésion aux changements.
La CGSS Réunion propose par ailleurs des aides financières (FIPU, subventions prévention TPE, contrats de prévention) qui peuvent réduire le coût des aménagements.
À retenir
Un projet de prévention des TMS se pilote avec des indicateurs : taux de fréquence et de gravité, jours d’arrêt, restrictions d’aptitude, turnover. Suivre ces chiffres permet de démontrer le retour sur investissement.
Conclusion
Les TMS ne sont pas une fatalité, mais un indicateur de la manière dont le travail est organisé. En mesurant leur coût réel et en agissant sur les causes physiques comme psychosociales, les entreprises de La Réunion protègent leurs salariés et leur performance. S’appuyer sur un ergonome intervenant dans les entreprises de l’île de La Réunion aide à relier ces chiffres aux situations de travail réelles.
Sources : Assurance Maladie, Risques professionnels, rapports annuels ; INRS, dossier « Troubles musculosquelettiques » ; EU-OSHA, campagne « Allégeons la charge » (2020-2022) ; Code de la sécurité sociale (tarification AT/MP) ; CGSS Réunion.
Pour aller plus loin
- Les TMS : comprendre pour mieux prévenir
- Le rôle du management dans la prévention des TMS
- DUERP en PME : obligations depuis 2021 et méthode
- Risques psychosociaux : ce que la loi impose à l’employeur
Passer à l’action avec LT Ergonomie
LT Ergonomie réalise des diagnostics TMS, des études de postes et des accompagnements de projets d’aménagement pour les entreprises et les collectivités à La Réunion.
Nous contacter ou par e-mail : ltergonomie@gmail.com